Sport, mafia et corruption : la (trop) lente prise de conscience

L’Observatoire citoyen des jeux se sent moins seul. S’il dénonce depuis longtemps les dérives et dangers des paris sur le monde du sport, quelques acteurs (encore trop rares) s’intéressent à ce délicat problème. En témoigne cet excellent reportage, terrifiant par moments, du talentueux journaliste Hervé Martin Delpierre, diffusé hier sur ARTE.

Témoigne également de cette prise de conscience, la récente étude de l’IRIS, Institut de Relations Internationales et Stratégique.

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Hollande sera (certainement) mou

Notre réflexion sur les jeux ne pouvait être indifférente à la campagne qui s’achève bientôt sous nos yeux… A part une allusion, la politique des jeux du prochain Gouvernement n’a pas été évoquée. Et c’est tant mieux… Franchement, il y a sujet plus important. Verrait-on un candidat se faire élire en promettant l’introduction par la Française des Jeux d’un nouveau jeu ou l’autorisation d’une nouvelle sorte de paris sur les compétitions sportives ? Les jeux font parfois rêver mais faut pas pousser…

Cette petite mise au point effectuée, nous avons cependant trouvé une interview sur le sujet de la responsable des sports dans l’équipe de François Hollande, Valérie Fourneyron. En savoir plus

« 2012 année de richesse : un nouveau jeu de grattage de la Française des jeux à la symbolique forte par temps de crise »

Avec sa nouvelle loterie instantanée : « 2012 année de richesse » la Française des jeux qui a surperformé l’année dernière invite les Français à conjurer la crise par une prophétie autoréalisatrice de la même veine que la tautologie probabiliste vertueuse qu’elle a déjà utilisée dans ses publicités : « 100 % des gagnants ont tenté leur chance ».

Après avoir surperformé en 2011 (+8,5% à 11,4 milliards €) (1)  la Française des jeux (FDJ) – qui vient d’être confortée dans son monopole par le Conseil d’Etat  (2) – est optimiste pour la nouvelle année et tient à le faire savoir. Après « 2010 année en or », « 2011 année de rêve », l’opérateur historique a lancé en début d’année une nouvelle loterie instantanée nommée « 2012 année de richesse. » Malgré ou à cause de la récession  annoncée dans la zone Euro, notamment pour la France qui vient de perdre son triple A, l’opérateur historique prend à contre-pied tous les cassandres de mauvaise augure pour faire rêver les français à un avenir meilleur et les faire « parier » sur « une sortie de crise ». En savoir plus

Pic et Pic et…et PMU : « Pick 5, un nouveau pari proposé par le Pari Mutuel Urbain où il va falloir « choisir »

« Am stram gram, pic et pic et colégram, bour et bour et ratatam, am stram gram ! » Tout le monde a encore enfoui dans sa mémoire juvénile cette comptine au  vocabulaire curieux que beaucoup ont utilisé dans leur enfance de manière      automatique pour «  faire un choix ludique aléatoire », sans      trop savoir où et quand ils avaient appris cette formule et quelle en    était sa signification et son origine. (1) Il serait d’ailleurs intéressant d’aller vérifier dans les cours de récréation des tout petits,      si l’usage de cette «  formulette d’élimination » perdure dans les jeux enfantins, ce qui confirmerait au passage le formidable pouvoir d’engendrement de la transmission intergénérationnelle, socle magique de socialisation.

Quelles que soient les origines de cette comptine, qui apparaissent anciennes et curieusement font sens dans le registre des jeux d’argent qui comportent une part de hasard, cette    formule permet de « faire un choix »et c’est bien ce que propose      le PMU avec  son nouveau jeu Pick5 -« Pick » en anglais signifie « choisir » « sélectionner » – où il faut désigner les 5 premiers chevaux      d’une course sans considération d’ordre. Pas facile malgré les apparences.  Plaquette de lancement (2)  et publicité (3) insistent sur la sagacité et la « force » dont      devra faire preuve le turfiste pour gagner à ce jeu. En savoir plus

Corruption sportive : un journaliste sportif tire la sonnette d’alarme

Journaliste à France 2, Alain Vernon s’intéresse à la corruption liée aux paris sportifs. Après avoir été en pointe, dans les années 1990,  sur l’affaire OM-Valenciennes, il est aujourd’hui l’un des rares journalistes à s’intéresser à ce sujet des plus périlleux… Il a accepté de répondre aux questions de l’Observatoire citoyen des jeux. 

Le pari sportif va-t-il tuer le sport comme le dopage a endommagé le cyclisme ?

A la différence du dopage, les paris illégaux et la corruption liée à ces paris sont beaucoup plus importants et courent très vite sur la planète. Là où le dopage avait besoin de réseaux sur le terrain assez longs à construire, les paris sportifs naissent très vite grâce à l’informatique et internet, même si le dopage se pratique aussi grâce à internet.

« Les medias en général sont plus enclin à valoriser le spectacle sportif et le foot en particulier puisque c’est ce foot qui nourrit essentiellement ces médias sportifs »

Et puis l’économie du dopage est moindre, même si elle est parfois calquée sur les réseaux de drogue. Le simple fait que les mafias chinoises soient à l’origine des paris truqués montre bien l’ampleur du mal. Toutefois, si le foot veut rester crédible, attirer les foules dans les stades et donc générer des paris, il faut un minimum de crédibilité. On le voit en Chine où ils essaient de relancer la glorieuse incertitude du sport dans le foot. En savoir plus

Les opérateurs de jeux s’attaquent au TRJ

On assiste actuellement à une stratégie de redéploiement des opérateurs de jeux : après avoir échoué dans leur lobbying pour la baisse de la fiscalité des jeux fin 2011, ils s’attaquent à un autre front, celui d’une révision du plafonnement du TRJ.

Le TRJ, pour taux de retour au joueur, est en fait la proportion des mises redistribuées aux joueurs sous forme de gains. C’est un thème des plus intéressants, au cœur du dispositif français, à la croisée de la lutte contre l’addiction, des taux de fiscalité, de la maîtrise du marché par les pouvoirs publics…  En savoir plus

Gambling France : résultats 2011, perspectives 2012

TIME TO GAMBLE, TIME TO WIN *

Malgré ou à cause d’une crise économique qui perdure, les Français jouent  de plus en plus aux jeux de hasard et d’argent, un placement ludique certes aléatoire mais porteur d’espoir, notamment celui d’une vie meilleure. Il faut dire que les opérateurs de jeux – en dur ou en ligne – rivalisent d’ingéniosité marketing et publicitaire  pour nous dire en permanence , c’est le moment de jouer, c’est le moment de gagner, transformant au passage le célèbre slogan présidentiel basé sur le labeur – travailler plus pour gagner plus - en une maxime ludique hédoniste beaucoup plus séduisante :  jouer plus pour gagner plus. En savoir plus

Il faut désormais un volet consumériste fort à la politique des jeux de hasard et d’argent de la France

«  60 ans de consommation, quel avenir pour la consumérisme ? (1951-2011) »

(Colloque UFC/Que Choisir, Paris, 17 novembre 2011, Assemblée nationale)

Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

  • L’affaire des deux gagnants introuvables de la Française des jeux (FDJ), nous a donné récemment l’occasion de déborder ce sujet d’apparence anecdotique à travers la question de l’anonymat et celle de la forclusion des tickets gagnants de la FDJ , pour aborder celui plus fondamental d’un « consumérisme ludique » vs jeux de hasard et d’argent.(1) La tenue prochaine d’un colloque (2) consacré au consumérisme – présidé par Jean Luc Warsmann, député des Ardennes, Pdt de la Commission des lois – nous permet de poursuivre le débat sur ces consommateurs que sont les joueurs et l’absence d’un consumérisme ad hoc. En savoir plus

Les pouvoirs des jeux d’argent, les jeux d’argent et le pouvoir

La dernière livraison de la Revue Pouvoirs est consacrée aux jeux d’argent

Par Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

  • Le dernier numéro de la revue Pouvoirs (1) – la revue Française d’études constitutionnelles et politiques dirigée par Olivier Duhamel, Marc Guillaume et Claire Zalc – aurait pu s’intituler , Les pouvoirs des jeux d’argent,  les jeux d’argent & le pouvoir, tant il est vrai que la Politique des jeux – produit d’une lente construction historique – comme le précise Simon Georges (2) dans son article, révèle une tentative constante de maitrise étatique qui passe par la prohibition, l’interdiction/autorisation, pour aboutir à différentes formes de régulation/fiscalisation  toujours partielle et en construction, la dernière en date datant du 12 mai 2010 et concernant les jeux en ligne. Mais si cette loi,  note ce « fonctionnaire » (3), a recomposé la régulation des jeux et permis l’émergence d’un droit commun, elle a procédé à l’encadrement légal d’un secteur -  le gambling virtuel – qui s’est essentiellement développé au départ « en marge de l’intervention de l’Etat »
  • C’est sans doute pour cette raison que Jean-Pierre Alezra – le  patron de la Police des jeux - souligne (4) que la révolution des jeux par internet et la mondialisation ludique, favorisent « les dérives criminelles » de l’ensemble du secteur et qu’il convient de ne pas baisser la garde en matière de droit pénal et « d’adapter le dispositif français », qui repose sur un service d’enquête spécialisée, un arsenal législatif, un traitement judiciaire pour lutter contre toutes les formes de fraude et de mainmise du crime organisé dans le domaine du jeu. En savoir plus

LES TROIS PARADOXES DE LA POLITIQUE DES JEUX FRANCAISE

  • Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

La clause de revoyure de la loi sur les jeux en ligne, qui arrive à échéance le 13 novembre, doit être l’occasion pour le gouvernement de  faire le point sur sa Politique Des Jeux et permettre aux autre acteurs du champ de débattre sur les multiples enjeux de cette politique, comme vient de le faire la dernière livraison de la revue Pouvoirs (1) Comme l’ont précisé différents rapports récents (2) -  et notamment celui du Sénateur Trucy (3) -  il s’agissait davantage par cette législation, de réguler une activité illégale existante, que de libéraliser de manière sauvage la totalité du marché ludique. Les internautes peuvent désormais – dans la légalité – jouer au poker en ligne, parier sur les courses hippiques ou de nombreux sports, tout en étant « presque » certains de ne pas se faire duper sur des sites mafieux. L’affaire Full Tilt Poker – une salle de poker virtuel accusée par la justice Américaine d’être une chaîne de Ponzi – indique en effet que la surveillance des opérateurs virtuels ne constitue pas une mesure liberticide, mais  favorise au contraire le gambling virtuel. L’article du patron de la Police des jeux – Jean-Pierre Alezra – dans la  Revue française d’études constitutionnelles et politiques déjà citée, souligne bien que la révolution des jeux par internet et la mondialisation ludique favorisent « les dérives criminelles » de l’ensemble du secteur. (4)  En savoir plus